Il y a longtemps, on m’a fait connaitre l’auteur polonais Witold Gombrowicz. Dans son livre intitulé Cosmos, Gombrowicz met en scène un héros qui se retrouve totalement figé face à un embranchement dans la forêt. Deux chemins, deux possibilités. Que choisir? Quelle différence? Je pense souvent à ce passage quand vient le temps de tourner à droite, à gauche ou encore sur moi-même.
Plus le temps passe, plus je me rends compte que «je choisis» somme toute assez rarement. Les lieux, les personnes, les objets, l’ordre des choses s’imposent la plupart du temps, dans une logique sensible qui prend sa source dans l’intuition, le savoir de ce qui est «bon» au «mauvais».
Idem lorsque je joue avec mes pièces. J’aime les déplacer dans l’espace, encore et encore. Le contraste, l’harmonie, le chaos, l’écho, le relief: je tâtonne jusqu’à m’approcher d’une combinaison satisfaisante. Au fil de ces efforts, quel recueillement, quel ravissement… Je me repose de ce ballet lorsque, à défaut d’avoir rencontré l’absolu, je suis plutôt d’accord avec un agencement, une relation entre ceci et cela, un microcosme rassurant et déconcertant à la fois.